Saison été 2026
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Saison été 2026 〰️
PLAN
L’été 2026 marque la toute première saison du CLAC. Celle-ci est notamment amorcée grâce à une exposition collective, réunissant six artistes dont les œuvres se déploient à différents endroits de la commune, de l’ancien monastère aux ruelles du village de Sainte-Énimie, de Quézac à la chapelle Notre-Dame-de-Cénaret de Saint-Chély-du-Tarn. Pour cette exposition, les artistes ont été invité·es autour du mot PLAN.
Ce mot simple et usuel a été le point de départ pour penser et réunir les pratiques des artistes. Car si le mot “plan” signifie étymologiquement quelque chose de plat, uni, égal, au travers de ce projet, il est question d’investiguer tous ses sens qui viennent ainsi se heurter aux œuvres présentées. Le mot plan peut à la fois signifier la représentation d’un territoire sur une surface donnée (où nous situons- nous sur le plan ?), nos capacités individuelles et collectives à nous projeter dans l’avenir (quels sont tes plans pour le futur ?), notre faculté à éviter une action ou un événement (laisser en plan, trouver un plan B), nos tentatives de relier le temps et l’espace comme dans un plan-séquence. Autant d’idées et de définitions qui participent aux interrogations portées par les travaux présentés, tous réalisés par des artistes vivant·es et dont les pratiques ne cessent de regarder, interroger et explorer ce que notre monde actuel produit d’images, de sensations, d’émotions et d’objets.
Cette exposition résulte de résidences en territoire et d’actions culturelles avec des publics spécifiques et des particuliers engagés à nos côtés.
Les artistes
Bao Qianyi
Sainte-Énimie
Salle Deromieu
Bao Qianyi vit et travaille à Shanghai. L’artiste a centré ses recherches sur l’ethnographie et la préservation des cultures traditionnelles. Son travail explore la coexistence des traditions avec la modernisation au sein de groupes ethniques chinois. Engagé, Bao Qianyi l’est par devoir de mémoire car lui-même descendant de nomades, mais aussi en raison de l’urgence écologique créée par ces changements brutaux qui impactent tant les territoires qui structurent la Chine que les traditions inhérentes aux différentes communautés qui peuplent le pays. Inquiet, le jeune documentariste constate l’éloignement rapide et grandissant des jeunes générations de leurs racines historiques et culturelles concurrencées de façon abrupte et implacable par la digitalisation du monde. Baignées de poésie, les images documentaires de Bao Qianyi célèbrent les traditions encore intactes mais ô combien fragilisées des populations nomades et pastorales des prairies.
Le film Lungtta (2026) présenté dans le cadre de cette saison du CLAC donne l’opportunité à Bao Qianyi de poursuivre le montage de son projet documentaire, sélectionné pour le prix Dior de la photographie – Jeunes talents 2025. C’est donc une version inédite qui est ici présentée et qui donne à voir l’histoire de deux frères, deux jeunes bergers contemporains de la région d’Aba dans le Sichuan. Ce film révèle toutes les ambivalences qui structurent et tiraillent les jeunes générations qui oscillent entre loisirs, responsabilités, angoisses et interrogations. L’action de ce documentaire prend place dans un territoire consacré à l’élevage de yaks notamment, et dont les qualités ne sont pas sans rappeler celles des Causses.
Objets Paysages est un duo composé des artistes Léna Théodore et Robin Leforestier. Si chacun·e réalise des œuvres individuellement (Robin est peintre de paysage et Léna utilise du textile pour tisser des liens avec les objets), il et elle réunissent leur pratique au sein du duo Objets Paysages. Leur association est née de leur désir de créer des liens entre patrimoine local, archives et création contemporaine. Le duo se pense comme un espace de recherche, de mise en valeur et de dialogue autour des lieux et de leurs histoires. Tous deux sont ainsi convaincus que le patrimoine local constitue une source inépuisable de réflexion, d’inspiration et d’émancipation face à une certaine mise en récit instrumentalisée des habitudes et des traditions.
Dans le cadre de l’exposition PLAN, le duo est venu en résidence à Sainte-Énimie plusieurs semaines entre l’hiver et l’été, afin de plonger dans les archives publiques et intimes du village et de ses alentours. En collectant des documents, en partant à la rencontre des habitant·es, en écoutant leurs histoires, en se documentant sur l’identité du territoire, Robin Leforestier et Léna Théodore ont décidé de penser une installation qui vient subtilement rejouer la topographie si unique et reconnaissable des Gorges du Tarn. À l’aide de deux grandes peintures sur bois réalisées depuis le gîte Saint-Vincent par Robin Leforestier et qui rejouent les décors peints au service des lieux publics et des théâtres depuis le XIXème siècle, le duo recréé deux plans ; tels deux surfaces ou paysages voués à accueillir les éléments glanés au cours de leur résidence, livrant de manière non linéaire, des indices sur l’histoire du village. En montrant notamment des photographies des lavandières faisant sécher le linge sur les bords du Tarn, Léna Théodore s’est attachée à un motif visuel emblématique de la région dont l’usage fut progressivement abandonné face aux déploiements des machines domestiques du monde moderne.
Pour réaliser cette installation, le duo a également travaillé à partir des collections du Musée du Gévaudan à Mende et du Musée fermé du Vieux Logis de Sainte-Énimie qui reproduit en son sein l’intérieur traditionnel lozérien.
Objets Paysages, pétri d’intérêts pour les arts et traditions populaires, s’est ainsi engagé dans de nouvelles techniques. D’un côté la réalisation de peintures au format panoramique pour Robin Leforestier et de l’autre, le travail de la laine et du piqué marseillais pour Léna Théodore. En ingérant ainsi une histoire locale en la mettant au service de leur pratique, le duo nous interroge : comment nous saisissons-nous des représentations d’un lieu ? Que faisons-nous de l’obsolescence des objets ? Comment entretenir des traditions de manière incluante ?
Sainte-Énimie
Chapelle Sainte-Madeleine
Objets + Paysages
Yoan Sorin
St-Chély-du-Tarn
Ste-Énimie
Quézac
Yoan Sorin développe une pratique qui se décline selon des mythologies aux origines diverses – personnelles ou collectives. Elles lui permettent de créer des installations, des peintures ou des performances qu’il actualise au fur et à mesure de la réalisation de ses pièces. Trouvant leurs origines dans sa pratique du dessin, ses travaux, à la manière d’un journal de bord, portent un regard critique, parfois amusé ou tendre mais souvent acide sur le monde, son présent et son organisation.
Pour la saison d’été du CLAC, l’artiste a décidé de continuer sa production d’épouvantails amorcée au cours de l’année 2025. Comme à son habitude, Yoan Sorin travaille à partir de fragments de matériaux trouvés, abandonnés, délaissés, qu’il assemble pour donner naissance à des sculptures plus ou moins anthropomorphes, plus ou moins sérieuses, plus ou moins effrayantes. Pour celles réalisées dans le cadre de l’exposition PLAN, l’artiste a notamment travaillé avec de la laine de mouton non traitée, récupérée grâce à une éleveuse du Causse. Installés dans différents endroits de la commune, ces épouvantails sont une référence directe aux objets bien connus des campagnes, mais ils font également référence à une technique de rhétorique dont l’usage est répandu en politique, qui consiste à décrédibiliser le propos d’un interlocuteur dans le but de créer une impossible adhésion, favorisant la diffusion de fausses idées et vérités, tant sociales qu’écologiques ou historiques.
Ces épouvantails sont également perçus par Yoan Sorin comme des perchoirs, des abris. Ils citent les statues de l’artiste américain Curtis Cuffie réalisées dans les rues des New York à la fin des années 1990 dont il disait qu’elles « donnent de la compagnie aux gens, qu’elles les réconfortent. Qu’elles sont de très bons camarades. »
Gaëlle Delort
Sainte-Énimie
Salle Poujols
Gaëlle Delort est une artiste diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Elle vit et travaille sur le Causse Méjean, en Lozère. Elle est invitée par le CLAC à concevoir une exposition dans la salle Poujols de l’ancien monastère. Cette proposition entre en dialogue avec une seconde exposition présentée aux Lisières (lieu-dit La Condamine à Montbrun) sur l’invitation de Jacques Bret. Pensées en écho à partir d’un même ensemble photographique, ces deux expositions marquent la première présentation du travail de Gaëlle Delort en Lozère, au cœur même des paysages et reliefs qui nourrissent son travail depuis 2020.
L’exposition à la salle Poujols regroupe huit photographies issues d’un ensemble intitulé Karst, qui trouve son origine dans l’exploration de la géomorphologie des Grands Causses. L’artiste déploie une forme d’infiltration photographique, attentive aux multiples plans qui composent cette région calcaire : plateaux, gorges, gouffres, falaises, baumes, grottes… Il s’agit moins d’en proposer une vue d’ensemble que d’en éprouver les continuités souterraines, les seuils, les ruptures d’échelle et les formes d’intériorité. Pour donner naissance à ces images où la présence humaine est rare, les paysages insondables, et au sein desquels surfaces et profondeurs semblent se rejoindre, l’artiste travaille à la chambre photographique.
Cet outil, à la fois lourd et exigeant, accompagne ses explorations et infléchit directement les conditions de production des images. Le travail entretient ainsi un lien étroit avec le corps en action : le déplacement, l’approche, le temps de la prise de vue engagent une expérience physique qui se prolonge dans les photographies elles-mêmes. Les formats choisis pour les tirages participent de cette relation, en rejouant les échelles des formes photographiées, parfois au plus près de leur réalité, parfois au contraire en la déplaçant.
Pour cette exposition, la question du plan est à la fois physique et mentale. Elle engage le visiteur dans un mouvement de circulation entre les images, mais aussi dans un travail de recomposition du regard. Les photographies, de formats variés, produites sur différents supports et accrochées selon une logique non linéaire, troublent les repères. Bien qu’elles aient été réalisées en des lieux distincts, elles donnent parfois l’impression de participer d’un même espace, comme si un paysage continu se reformait d’une image à l’autre. Les visions qu’elles proposent ne sont jamais univoques : elles oscillent entre détail et étendue, surface et profondeur, stabilité et basculement. Tremblantes comme la pierre photographiée par l’artiste en 2021, les photographies de Gaëlle Delort nous attirent et semblent affirmer que tout tient, que tout est solide alors qu’en réalité, même les roches basculent.
Lara Dirani
Sainte-Énimie
Place du Plô
Lara Dirani est travailleuse de l’art après avoir suivi un cursus de formation aux Beaux-Arts de Nice (La Villa Arson). Elle continue depuis à créer des œuvres sous forme de bannières, de banderoles et drapeaux colorés, destinés à l’espace public et issus de commandes rattachées à des événements spécifiques : fêtes, manifestations, symposium, etc. Ses compositions, comme des collages, réalisées à partir de tissus colorés et légers, sont porteuses de symboles et de messages politiques nourris d’idéaux et en réaction à l’actualité ou à des problématiques contemporaines.
Pour l’exposition PLAN, le CLAC a invité Lara Dirani à réaliser une œuvre inédite, dédiée au village de Sainte-Énimie, ainsi qu’un ensemble de drapeaux imaginés et produits avec Kessy, Yasmine, Aïyanna, Amandine, Zaho, Hénoc, Gabin : 7 jeunes, vivant au sein du lieu de vie et d’accueil de l’association La Nisada située au lieu-dit La Périgouse.
L’artiste s’est attachée à la réalisation d’un nouveau blason pour Sainte-Énimie, dont la vie, le courage et les choix en font une figure particulièrement inspirante de la mythologie chrétienne. Pour cela, Lara Dirani est allée extraire les symboles classiques de la Sainte tout en y ajoutant de nouveaux, tels que la devise « À mon seul désir » que l’on retrouve sur la tapisserie de La Dame à la licorne conservée au Musée de Cluny à Paris. À travers cet objet héraldique, Lara Dirani réinvestit l’histoire d’Énimie dont on dit entre les lignes qu’elle est infiniment féministe, en regard du parcours des fondatrices du CLAC, Margaux Bonopera et Alice Durel, engagées dans une nouvelle dynamique au service du village et de ses résident·es. Ce nouveau blason est présenté sur l’enceinte de l’ancien monastère Place du Plô, aux côtés d’autres pièces de l’artiste et de celles faites par les jeunes de la Périgouse au printemps, transformant ce plan pierreux en véritable mur des supporters.
Des messages affichés aux choix des tissus en passant par les couleurs et les formats, les jeunes ont travaillé aux côtés de l’artiste avec attention et détermination pour donner naissance à ces travaux individuels ou collectifs, et faire entendre leur voix – rappeler qu'elles et eux aussi, ont des choses à dire.